312 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Là circulaient des voitures appartenant aux ambu-lances étrangères. Dans cette foule d’infirmiers volon-taires, la majorité était absolument dévouée et sincère,mais qui pouvait dire qu’il n’y avait pas de traîtresau milieu d’elle ? Quand on a vu les choses de près,quand on a lu les dépositions, les documents, toutesles paperasses des enquêtes, on demeure persuadéqu’il y avait là un personnel tout à fait disposé àprévenir l’ennemi de ce qu’il savait.
Ma commission faite et le mouvement exécuté, jem’en retournai vers le Mont-Yalérien ; j’avais à peinetourné mon cheval dans celte direction, quand unobus vint tomber si près de moi et du cavalier quime suivait, et dont la monture effarée par le bruits’était instinctivement rapprochée de la mienne, queje fus couvert de terre et de boue : j’entendais enmême temps un concert de sifflements aigus, de bour-donnements graves, mêlés de notes sonores et de notesdouces, tous les bruits, en un mot, que produisent,en traversant l’atmosphère, les éclats d’obus, suivantleurs formes et leurs dimensions.
Au moment où je bataillais avec mon cheval qui,vigoureusement cinglé, voulait s’emballer, je fusdépassé par mon cavalier. Il était encore en selle.Mais un éclat lui avait enlevé tout le bas-ventre, etemporté tous les intestins. La partie supérieure deson corps ne tenait plus à la partie inférieure que parl’épine dorsale, et, depuis les côtes jusqu’aux cuisses,un trou énorme et rouge était béant. Il allongea lesbras et tomba, pendant que son cheval, blessé au garrot,