A VERSAILLES.
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Favre avtour d’un vieux berlingot de campagne, fermé,doublé de toile perse blanche à fleurs bleues, etentouré d’une escorte de uhlans.
On s’aborda en se saluant de part et d’autre, et jevis que les officiers allemands, qui probablementavaient reçu leurs instructions, affectaient de croireque le ministre ne faisait que traverser les lignesprussiennes pour se rendre à Londres, afin d’assisterà une conférence qui s’y tenait alors, en vue de réglerla question de la mer Noire.
Plusieurs jours auparavant, M. Jules Favre, en effet,invité par le gouvernement anglais à cette conférence,avait demandé un laissez-passer au comte de Bis-marck. Celui-ci avait d’abord consenti au voyage.Puis, craignant qu’il ne profitât de cette réuniondiplomatique pour implorer l'assistance des neutres,n’admettant point que l’Europe reconnût la Répu-blique en discutant avec elle, avant que lui, comte deBismarck, eût décidé s’il devait traiter avec elle ouramener l’Empire, il avait finalement refusé le sauf-conduit. Jules Favre, à qui le voyage ne souriaitguère, avait même écrit à M. de Bismarck et l’avaitremercié de son refus, qui, disait-il, le rappelait ausentiment de ses devoirs.
Le ministre ne me demandant pas de l’accompagnerplus loin, il n’y avait pas de raison pour que j’offrissema compagnie. Je le laissai donc s’éloigner dans sonberlingot entouré de uhlans. Je vis disparaître le petitcortège au détour d'une rue, et, pour l’attendre, jerestai à coucher à Sèvres.