336 JOURNAL D'üN OFFICIER ü’ORDONNANCË.
Il avait fait son deuil de la mobile, et de l’arméerégulière, dont une seule division devait rester armée,en y joignant les troupes spéciales de police et lespompiers. Mais la garde nationale lui tenait au cœur.Il exposait qu’il serait impossible de la désarmer,qu’elle se révolterait, que le sang coulerait, que luipermettre de garder ses fusils était le seul moyen delui faire supporter l’armistice.
Cela dura fort longtemps, car lorsque le généralTrochu n’était pas là pour l’éteindre, Jules Favre àson tour était fort prolixe.
Enfin le comte de Bismarck consentit; mais je mesouviens qu’il adressa à Jules Favre cette parole pro-phétique :
— Soit, mais croyez-moi : vous faites une bêtise.Et tôt ou tard il vous faudra compter avec les fusilsque vous avez l’imprudence de conserver à cesexaltés.
Il fut encore parlé de la contribution de guerre, etle chancelier dit en riant que Paris était une si grandedame et une personne si opulente, que ce serait luifaire injure que de lui demander moins d’un milliard.
— Nous ne pourrons jamais le payer, Excellence,dit Jules Favre. La guerre a totalement ruiné Paris.Nous arriverons à cent millions avec bien de la peine.
Enfin on transigea à deux cents millions, commeon sait.
L’heure du dîner avait sonné, et le chancelier nousnvita à nous asseoir à sa table. Jules Favre, qui vou-lait mettre au net les notes prises par moi, s’excusa