A VERSAILLES.
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Le lendemain matin, au lieu de rester à Sèvrescomme la veille, je montai avec Jules Favre dans leberlingot de campagne, et j’entrai derrière lui dans lamaison Jessé.
M. de Bismarck, qui ne se levait généralement pasde bonne heure, vint bientôt nous rejoindre drus lesalon du rez-de-chaussée. Là, le ministre me nommaau chancelier, qui me regarda, l’espace de deux se-condes, comme on regarde une personne déjà entre-vue, et nous fît monter au premier étage.
La conversation commença. Nous étions tous troisassis autour d’une table ronde. Le chancelier causait,Jules Favre répondait; moi je prenais des notes, etfixais sur le papier les dispositions acquises et lesdétails convenus.
Je fus frappé d’abord du contraste que présentaientles deux interlocuteurs. Le comte de Bismarck portaitl'uniforme de colonel des cuirassiers blancs : tuniqueblanche, casquette blanche avec turban jaune. Il avaitl’air d’un colosse.Sanglédanssonuniforme,lapoitrinebombée, les épaules carrées, éclatant de santé, deforce, il écrasait de son voisinage l’avocat courbé,maigre, long, désolé, dans sa redingote qui plissaitde tous les côtés, et sur le collet de laquelle ruisse-laient ses cheveux blancs. 11 n’y avait, hélas! qu’àjeter un regard sur les deux négociateurs, pour re-connaître le vainqueur et le vaincu, le puissant et lefaible.
Jules Favre, ce jour-là, insista surtout sur la néces-sité de conserver les armes à toute la garde nationale.