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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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338 JOURNAL D'UN OFFICIER D ORDONNANCE.

Cétait vrai, et je fis volontiers chorus avec les offi-ciers de la chancellerie, qui se trémoussaient dadmi-ration et sexclamaient :

Quelle mémoire ! Cest prodigieux 1 Quel hommeétonnant 1 II ny a que lui 1

Était-ce à cause des relations fugitives jadis ébau-chées entre nous? Le chancelier, qui depuis plus desix mois navait vu que des militaires français ou cap-tifs ou humiliés, navait causé avec des civils quepour leur imposer des sacrifices ou pour repousserdes demandes, éprouvait-il une involontaire détentemorale devant un officier libre, et qui, assis à sa table,ne pouvait le traiter ni en ennemi, ni en maître?Mon attitude volontairement dégagée, insouciante,contrastait-elle avec le maintien de Jules Favre, qui,la veille, était resté, pendant tout le repas, commeaffaissé sur la chaise que joccupais, et enterré sousses cheveux, paraissant, quand on lui parlait, sortirbrusquement dun cauchemar, et de temps en tempssessuyant les yeux avec sa serviette; et ce contrasteplaisait-il au chancelier? Grand mangeur et grandbuveur, aimait-il voir mon juvénile appétit, car lesprivations du siège mayant servi dapéritif, je man-geais ferme et buvais sec ?

Je nen sais rien. Mais je constatai bientôt à dessignes imperceptibles que je nétais point désagréableau comte de Bismarck. Il me poussait, me donnait laréplique, mexcitait à parler. On eût dit dune maî-tresse de maison désireuse (Je faire briller un (Je sesconvives.