A VERSAILLES.
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Quand je vis que cela prenait, comme on dit fami-lièrement, je me lançai, et je me mis à « blaguer » àla parisienne avec ces messieurs de la chancellerie.
— Ne croyez pas, leur dis-je, entre autres histoires,que nous soyons aussi affamés que cela. Et puis, cheznous, il y a un ressort tel, que ce qui accable les autrespeuples nous fait rire et plaisanter. Ainsi, au com-mencement du siège, on en voulait beaucoup auxsergents de ville. On voulait les noyer tous, ni plusni moins. Alors ils coupèrent leurs moustaches et semirent à circuler par trois, pour se prêter main-forteau besoin. Aujourd’hui, on ne pense plus à eux et ilsvont par deux. On affirme qu’ils sont obligés d’agirainsi parce que les deux qui restent ont mangé letroisième.
Et les admirateurs du comte de Bismarck, peu variésdans leurs formules :
— Quelle gaieté! C’est prodigieux! Ces Parisienssont étonnants! Il n’y a qu’eux...
Puis je me mis à leur raconter la campagne deChine, des histoires de l’autre monde.
Cela valait mieux, me semblait-il, que de parler depolitique où je n’entendais rien, ou de la guerre dumoment où je n’aurais trouvé que des sujets attris-tants pour moi.
Mon rôle n’avait ni l’importance ni le caractère decelui de Jules Favre, et je suis même persuadé queles petites concessions que je parvins personnelle-ment à arracher, comme on va le voir, à M. de Bis-marck, je les dus ît mon entrain, à la gaîté persis-