348 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Le soir même, après notre rentrée à Paris, il futdécidé que le général de Beaufort d’Hautpoul seraitchargé de cette mission désagréable, et je fus priéde porter au général une dépêche lui ordonnantd’accompagner le ministre à Versailles en qualité denégociateur militaire.
Ce brave et digne soldat, qui demeurait avenue doNeuilly, manifesta devant moi une surprise et un cha-grin extrêmes, quand il eut pris connaissance de ladépêche. Il se promenait à grands pas dans son salon,gesticulant et s’écriant :
— Il est impossible qu’on me demande une pareillechose! On n’a pas le droit de déshonorer la carrièred’un vieux soldat, en l’obligeant à mettre son nom aubas d’une semblable capitulation. Est-ce que je suisresponsable, moi? Est-ce que j’ai commandé en chef,moi? Jamais je ne ferai cela... J’aime mieux mourir...
Et il se mit à pleurer comme un enfant. Ses larmescoulaient de ses joues de brique et s’égouttaient lelong de ses blanches moustaches. C’était navrant. Ilen revenait toujours à la même idée :
— Mais pourquoi m’a-t-on choisi? Pourquoi moiplutôt qu’un autre ?
On conçoit que je n’étais pas parti sans savoird’avance ce que je devais répondre à ses objections,parfaitement prévues par l’état-major et par legouvernement. Je fis donc observer au général qu’ilétait le plus ancien divisionnaire de l’armée de Paris.
— Mais pas du tout, répliqua-t-il vivement. Il y aà Paris des divisionnaires de ma promotion.