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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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350 JOURNAL duN OFFICIER dûRDONNANCE.

tranquillement comme vous le faites en ce moment,vous seriez loin, vous et votre dîner.

Lorsque, à table, un silence profond sétablit tout àcoup au milieu dune conversation animée, « il passeun ange », disent quelques-uns; dautres prétendentquon «a jeté un froid». Il y eut en effet un grand froidou plutôt, jaime mieux la première figure : un angepassa. Cétait lange du patriotisme qui planait au-dessus de nos têtes.

La fin du repas fut des plus' pénibles. En nouslevant de table, je métais placé derrière Jules Favre.M. de Bismarck indiqua de la main à ses convives laporte du salon. Ils comprirent lordre muet de leurchef et disparurent. Le chancelier vint nous joindre,et, désignant du geste, par-dessus son épaule, le gé-néral dHautpoul qui tambourinait fiévreusement, àlautre bout de la pièce, sur une vitre :

Si vous avez lintention, dit-il au ministre, de ra-mener ce monsieur, autant vaut dire que vous nevoulez pas traiter, et nous pouvons, dès à présent,rompre les négociations.

Jules Favre sexcusa. Il expliqua que le généralétait venu à son corps défendant, et uniquement pourobéir, pour accomplir un pénible devoir. Il promit auchancelier que le lendemain il serait accompagnédun autre plénipotentiaire militaire.

Les Allemands, pour expliquer cette scène inat-tendue, ont raconté que le général avait trop bu,quil était gris. Pauvre brave homme ! Il navait absorbéque trois verres deau. Ils ont, en cette circonstance,