A VERSAILLES.
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fait preuve d’à peu près autant de bonne foi quelorsqu’ils affirmèrent avec aplomb n’avoir jamais tirésur un parlementaire.
Ce même jour, en arrivant à Versailles, je m’étaisacquitté d’une commission, à moi donnée la veillepar le général Troclm. Dépouillé de tout pouvoir mi-litaire, il était confiné dans ses fonctions de prési-dent du gouvernement, et avait perdu à peu prèstout prestige, toute influence sur ses collègues. Ilm’avait appelé auprès de lui, et m’avait dit:
— Mon cher capitaine, puisque vous allez jour-nellement à Versailles, rendcz-moi un service. Jeconnais personnellement le prince Wiltgenstein, aidede camp de l’Empereur. Je voudrais que vous luiremissiez cette lettre en mains propres.
Je tendis la main.
— Attendez, attendez, ajouta-t-il. Je ne veux pasvous transformer, aujourd’hui que je n’ai plus dedépêches militaires à vous faire porter, en un facteurde la poste. Et si, en dehors des négociations suiviespar le ministre des affaires étrangères, j’adresse unelettre à Versailles* je désire que vous en connaissiezle contenu.
J’allais résister par politesse, par discrétion, lors-que je me souvins fort à propos d’une observationque m’avait faite jadis le général de Montauban.C’était aux Indes ; nous avions à faire une course envoiture à travers Singapour. Le général m’avait invitéà monter le premier, et j’avais insisté pour me déroberà ce que je jugeais un excès d’honneur. Il me fallut