356 JOURNAL û’UN OFFICIER D’ORDONNANCE.
nation, ni la rendre prospère, en dehors du principed’autorité, c’est-à-dire de monarchie.
Et comme Jules Favre protestait :
— Vous y arriverez, continua le chancelier; ce seramalgré vous, je veux bien l’admettre, mais vous yarriverez tout de môme. Vous êtes trop clairvoyantpour de pas le reconnaître bientôt, et trop bon pa-triote pour persister alors dans vos erreurs. Regardez-moi, moi qui vous parle. Gomment ai-je débuté ? J’aiclé libéral, et ce n’est que par la force du raison-nement, par l’évidence des faits et par l’expériencedes hommes, qu’aimant ma patrie, voulant son bien,sa grandeur, je suis devenu conservateur, autoritaire,si vous préférez. C’est l’Empereur qui m’a converti.Ma reconnaissance pour lui, ma respectueuse affection,datent de ce temps éloigné et de cette époque difficile,où il avait tellement pris confiance en moi qu’il mesoutint seul envers et contre tous. Si aujourd’hui jesuis l’homme que vous voyez, si j’ai rendu quelquesservices à ma patrie, c’est uniquement à l’Empereurque je le dois, et je ne me lasse pas plus de le dire queje ne me lasse d’aimer mon souverain.
Jules Favre ne répliqua rien à cette profession defoi; je m’imagine que, plus tard, lorsqu’il demandapardon à Dieu et aux hommes, l’écho déjà lointaindes paroles du chancelier dut vibrer dans sa pauvrecervelle fatiguée.
J’ai expliqué comment la mission militaire du géné-ral d’Hautpoul se termina le jour même où elle com-mençait. Ce fut le chef d’état-major général du nou-