A VERSAILLES.
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France pour la liberté, de son goût pour la Répu-blique, de ses sentiments républicains.
— Êtes-vous bien sûr, riposta le chancelier, que laFrance soit aussi républicaine que vous le dites ?
— Certainement, dit Jules Favre.
— Eh bien, je ne suis pas tout à fait de votre avis,monsieur le ministre. Avant de traiter avec vous, nousn’avons pas été, vous le pensez bien, sans étudierl’état moral de votre pays et sans nous en rendre uncompte exact. Malgré cette guerre fâcheuse pourvous, imposée à Napoléon III par la nation françaiseplutôt que désirée par lui, ainsi que je vous l’ai déjàdit, — et c’est même ce qui nous a permis, après avoirrenversé l’Empire, de combattre encore la France, laFrance, notre vieille et véritable ennemie, — malgréles désastres et les défaites de votre armée, rien n’étaitplus facile, croyez-moi, que de rétablir l’Empire. Jene vous soutiendrai pas qu’il eût été acclamé à Paris,mais il eût été certainement accepté ou subi par lescampagnes. Un plébiscite aurait fait le reste.
«Non, si nous n’avons pas traité avec les Bonaparte,c’est que nous avons trouvé plus avantageux de traiteravec vous. Quant au prétendu amour de la Francepour la République, il eût disparu avec une facilitémerveilleuse.
« Il n’y a pas longtemps que vous êtes au pouvoir.Attendez. Lorsque vous aurez manié les hommes pen-dant quelques années, de libéral que vous êtes vousdeviendrez autoritaire; de républicain, monarchiste.Croyez-moi : on ne peut pas conduire, une grande