A VERSAILLES.
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avec les épées de l’adversaire, de sorte que, arrivéssur le terrain, loin de Paris, les landaus traditionnels (attendant sous bois, il ne manqua plus qu’une chosepour se battre : les épées de combat.
Jules Favre avait compté sur le général, et proba-blement le général avait compté sur Jules Favre.
Heureusement,j’étais muni delà carte que le géné-ral Schmitz avait fait distribuer à tous les officiers del’état-major : elle ne me quittait pas. Je prouvai pé-remptoirement que le camp de Saint-Maur n’était niun mythe ni un rêve, à la pénible surprise du maré-chal de Moltke.
Le maréchal ne parut pas étonné que je connussel’endroit mieux que lui, mais il sembla vexé qu’oneût constaté, devant de nombreux témoins, qu’il avaitune carte inexacte. Il en éprouva l’ombre d’un senti-ment de confusion. On rectifia la ligne tracée aucrayon rouge qui marquait la limite de l’occupationallemande.
Et le fort de Vincennes fut ainsi préservé par... « legénéral de Valdan », écrivit Jules Favre.
On était au 26 janvier. Rien n’était encore officiel-lement terminé, mais les choses étaient assez avan-cées pour qu’on pût affirmer d’avance que la négo-ciation aboutirait, et qu'une rupture était impos-sible.
Nous écrivions, Jules Favre et moi, au premierétage de la maison Jessé, depuis près de deux heures.Mon travail étant fini, je descendis pour prendre unpeu d’air dans le jardin du chancelier, et dégourdir
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