374 JOURNAL d’uN OFFICIER D’ORDONNANCE.
cces qui m’accueillaieni quand j’étais avec le chance-lier. Je haussai les épaules, et pensai seulement queHenri Heine avait vu clair quand il avait dit : « L’Alle-mand naît bête; l’éducation le rend méchant », carautant le comte de Bismarck est un grand seigneuret resterait grand seigneur à quelque nationalité qu’ilappartînt, autant la plupart des officiers allemandsétaient distingués, — autant les fonctionnaires, quin’appartenaient point à l’aristocratie et, par consé-quent à l’armée, étaient, naturellement, grossiers emalappris.
Qui fut stupéfait, à mon retour, de la hardiesse dema tentative et de son succès inespéré? Ce fut monancien chef, le général Schmitz, à qui j’allai toutd’abord conter mon aventure, et qui se chargea d’enfaire part au gouvernement. L’excellent général étaittrès ému : il m’embrassa à plusieurs reprises, et telest le prix de l’estime de certains hommes, que je con-sidérai cette émotion et cette accolade comme la plusdouce et la plus précieuse récompense de mes efforts.
Je ne rentrais pas seul à Paris. Au moment deprendre congé de M. de Bismarck, ou plutôt au mo-ment où il me faisait comprendre qu’il me donnaitcongé, avec ce grand air des souverains qui savent, àdes signes perceptibles pour les initiés, apprendre auxvisiteurs qu’ils ont cessé de plaire, dissimulant la joieprofonde qui me remplissait l’âme, et abusant, pourla dernière fois, de la condescendance qu’il m’avaittémoignée jusque-là, j’avais eu l’audace de lui adres-ser une requête absolument personnelle.