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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
pour rayer ou pour limer les parois de roches qui la resserrent oupour renverser les obstacles qu’elle rencontre dans sa marche, onest réellement effrayé de la longue série de siècles que les deuxépoques glaciaires ont dû traverser pour produire, depuis les crêtesdes hautes montagnes jusqu’au fond de nos vallées, des effets demême nature (i).
Les oscillations de nos petits glaciers actuels peuvent cependantnous donner une idée amoindrie de ce que pouvaient être les mou-vements de progression ou de recul des immenses fleuves de glacede l’époque antédiluvienne. Après une succession de marches etde contremarches, le recul s’est enfin accentué d’une manièredéfinitive, les glaciers ont abandonné les vallées, ont remonté lespentes et se sont cantonnés dans les cirques supérieurs où nousles voyons aujourd’hui suspendus et pour ainsi dire captifs. Ce futla fin de la période glaciaire.
Le glacier principal du Rhône, alimenté par tous les glacierslatéraux du Valais,-par les grands fleuves de glace de l’Arve et del’Isère, s’est ainsi retiré par étapes, laissant derrière lui et sur sesbords ces longues lignes de moraines frontales ou terminales quiont retenu les eaux de fusion du glacier et donné naissance àune série de lacs « morainiques », dont la digue d’aval est unamoncellement de blocs agglutinés et cimentés par les boues gla-ciaires. Les lacs d’Annecy, du Bourget, de Genève ne sont queles bas-fonds de l'ancien lit du glacier du Rhône, de même que leslacs Majeur, de Côme et de Garde, dont le trop-plein se déversedans la plaine de la Lombardie, dessinent, sur l’autre versant desAlpes, le thalweg des anciens glaciers du Pô, de l’Adda et duTessin.
Ainsi, lorsque le grand hiver antérieur aux temps historiques apris fin, les glaciers ont reculé graduellement vers leurs limitesactuelles ; et cette fusion des glaces a mis peu à peu à découvertle fond des vallées qui, avant d’être parées comme nous le voyonsaujourd'hui d’une riche végétation, ont dû rester, pendant long'
(i) Voir G. de Saporta, Les temps quaternaires, op. cit.