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Tome premier.
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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.

C’est ici que Tite-Live croit devoir faire prononcer par Hannibalun de ces petits discours de circonstance, sur le mérite duquel onest depuis longtemps fixé, et que la plupart des historiens mil 1 'taires ont d’ailleurs l’habitude de placer, avec plus ou moins devariantes, dans la bouche de tous les généraux qui franchissentune montagne.

Rien ne manque au tableau, ni la mise en scène, ni l’effet oratoire*

Hannibal montra à ses soldats exténués de fatigue et mourantde froid les plaines de l’Italie. « On s’était arrêté depuis deuxjours au sommet pour donner aux troupes épuisées le repos néces-saire. Une neige épaisse enveloppait l’armée. L’abattement et ledésespoir étaient peints sur tous les visages. Hannibal prit alors lesdevants, escalada une sorte de promontoire d’où l’on pouvaitdécouvrir de toutes parts une vue immense, fit faire halte à sessoldats, et leur montrant de son épée les plaines baignées par lePô qui serpentait au pied des Alpes : « Amis, s’écria-t-il, vous« escaladez en ce moment les remparts de l’Italie; que dis-je? les« murs mêmes de Rome. Plus d’obstacles bientôt. Tout va« s’aplanir devant vous. Une bataille, deux peut-être, et la cap 1 '« taie, le boulevard de l’Italie est entre vos mains, en votre puis-« sance. » Il dit, et l’armée poursuivit sa marche (i). »

Le grave Polybe lui-même, si peu sujet à la déclamation,s’était, lui aussi, laissé gagner par l’enthousiasme. « Les soldatsétaient consternés, dit-il; Hannibal les assemble; et, comme d uhaut des Alpes, qui semblent être la forteresse de l’Italie, o nvoit à découvert toutes ces vastes plaines que le Pô arrose de seseaux, il se servit de ce beau spectacle, l’unique ressource q ullui restait, pour remettre ses troupes de leur frayeur. En même

(i) Prcegressus signa, Annibal in promontorio quodarn, unde longe lateq^ 1prospectus erat... militibus Itaiiam ostentat ...

Subjectosque Alpinis montibuscircumpadanoscampas., . (Tite-Live, XXI, xxxV-)Voir, comme pendant à la harangue d’Hannibal, le discours véritablementacadémique que Tite-Live place dans la bouche de Scipion, campé sur les bordsdu Tessin, au moment oti il va engager ses légions contre les troupes carthag 1 'noises. C’est un véritable tournoi d’éloquence entre les deux chefs des deU*armées. (Tite-Live, XXI, l et li.)