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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.
fer aigu ( acutum ) qui aurait servi à perforer le quartz ou le cal-caire très dur des Alpes.
D’autres — et c’est le plus grand nombre — ont fait solennel-lement à Tite-Live le reproche d’avoir visé à l’effet, d’avoir cédéau désir de rappeler une tradition populaire, d’avoir tenu à plaireà l’imagination de ses lecteurs, à rendre sa narration plus atta-chante en l’agrémentant d’une fable romanesque, d'avoir manqué,en un mot, de cette probité littéraire qui est la qualité maîtressede l’historien.
La science moderne a repris la question ; et, malheureusementpour la critique, la prétendue fable du feu et du vinaigre peut êtreaujourd’hui sérieusement discutée (i). La plupart des historiensclassiques du fameux passage des Alpes parlent, en effet, de l’ac-tion simultanée du feu, de l’eau froide et d’un acide, acetum.
Or, l’action consécutive du feu et de l’eau sur les roches a étéconnue de tout temps et est signalée dans beaucoup d’auteursanciens.
La roche calcaire est décomposée par l’action du feu seul etchangée en chaux vive que l’eau désagrège ensuite très facile-ment. La roche siliceuse n’est pas décomposée par le feu; maiselle éclate, soit par l’action directe du feu, soit et surtout sousl’influence consécutive de l’eau.
Dans les montagnes de l’Inde, certaines tribus, qui ne connais-sent pas la poudre de mine et qui ont conservé encore l’usage desdolmens, usage préhistorique en Europe, exploitent des pierresde taille par l’action simultanée du feu et de l’eau. On allume d egrands feux autour ou sur les bancs de rochers. Lorsque la pierreest incandescente, on verse de l’eau fraîche dans des rigoles tra-cées à l’avance et on détermine ainsi des fentes régulières. C’estexactement la mise en pratique du vers de Lucrèce : « Lesrochers incandescents se fendent par la force de la vapeur (2) • 9
(1) Berthelot, De l’emploi du vinaigre dans le passage des Alpes par Annibd’ainsi que dans la guerre et les travaux des mines chez les anciens. Journal de ssavants, avril 1889. — Hen.nebert, op. cit., pass.
(2) Dissiliuntque fero ferventia saxa vapore. (Lucr., De nat. rer ., I A')