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330 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME.
« Après avoir franchi le passage étroit de l’Écluse, dit M- d eSaussure, le fleuve tourne au pied de la montagne du Credo. Lepied de cette montagne est composé de grès, de sable, d’argiles e *-de cailloux roulés. Toutes ces matières peu cohérentes entre ellesse laissent creuser par le Rhône, qui, au lieu de s’étendre en large ur >se rétrécit et s’enfonce considérablement; ce même fleuve, 9 ulauprès de Genève a une largeur moyenne de cent treize pieds, n asous le pont de Grézin, à deux lieues au-dessous de l’Écluse, fl uequinze à seize pieds de largeur; mais il a, en revanche, une grandeprofondeur. A une demi-lieue au-dessous de ce même pont, I eRhône, coulant toujours dans un lit profondément creusé dansles terres argileuses, rencontre un fond de rocher calcaire dontles bancs horizontaux s’étendent par-dessus les argiles. On croi"rait que ces argiles, qui paraissent dures sous le marteau, auraientdû mettre un obstacle aux érosions du Rhône et l’empêcher des’enfoncer davantage ; mais, au contraire, il a pénétré dans ce sroches beaucoup plus avant que dans les terres; il les a memecreusées au point de se cacher et de disparaître complèt e 'ment. »
C’est ce qu’on appelle la « Perte du Rhône ».
La froide description du naturaliste génevois ne saurait donnerune idée de l’étrangeté et de la grandeur sauvage du phénomène-Le fleuve, resserré depuis quelque temps dans son étroit couloir,se précipite avec fureur dans une sorte de bouche béante q u ^couvre de son écume. L’impétuosité du courant dépasse de beau-coup celle des torrents aux époques de leurs plus fortes crues etse fait sentir déjà à plusieurs centaines de mètres en amont d el’abîme. Aucun corps flottant ne peut résister à cet appel d ugouffre; et, à une assez grande distance déjà, il y aurait une graveimprudence à s’aventurer sur ce « rapide », dont la vitesse s’accélèreà chaque pas avec une effrayante progression. On s’éloigne p arinstinct de cette rive escarpée. En bas, un grondement de tonnerresemble ébranler les deux parois de la fissure. Une poussière d’e aUs'élève comme une fumée du fond de la noire allée de roches. A u 'dessus, tournoie lentement une nuée de faucons gris dont le crl