416 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME.
foudroyante de l’Évangile : « Et ceux-ci iront dans la vie éternelle, et ceux-là dans le supplice éternel. »
A la vérité, ces croyances élevées, qui confinent presque aUspiritualisme chrétien, n’étaient enseignées que par les philo 30phes et à l’usage de quelques esprits distingués; et il est peu p r0bable que la multitude ait eu, dans les temps anciens, une percep"tion aussi vraie de la vie future. Mais le sentiment qui dominédans cette multitude, depuis la plus haute antiquité jusqu’à 1 aV ^nement du christianisme, c’était le respect et la sympathie p° url’asile de la mort; et ce respect était d’autant plus profond, q uel’immatérialité de l’âme n’était pas alors très nettement dégagé’et que la croyance à l’immortalité se rattachait plus ou mou 15directement à l’idée de la préservation du corps, un lien restanttoujours entre ce corps inanimé et l’âme, le « souffle-image »>psyché, qui ne C’avait pas absolument quitté (i)i
De là cette croyance aux mânes, véritables ombres, ayant unesorte de vie idéale et personnelle, qui survivaient à la destructi° ndu corps, en conservaient en quelque sorte l’image vaporeusevenaient se reposer dans le tombeau, comme dans un sanctuaireà côté de l’enveloppe mortelle qu’elles avaient habitée ( 2 ).
Ainsi s’expliquent ces objets usuels ou précieux que l’on d e P°sait pieusement dans les sépulcres : armes pour les guerrier 5 ’bijoux et vases de parfums pour les femmes, jouets même pourenfants, auxquels on supposait une utilité réelle, et que laprése ncedes mânes rendait véritablement sacrés.
Sans doute, les rites funèbres n’avaient pas, chez les ancien 5 »le caractère élevé et consolant de nos cérémonies chrétiennes,le prêtre, précédant la dépouille mortelle, affirme la certitudela vie éternelle et rappelle, suivant la belle expression de Ch ateaubriand, l’immortalité marchant devant la mort. Mais on p eu ’
(1) a J’amasse la terre autour de toi ; je forme ce tertre pour que tes ° 5 ^ sments ne soient pas blessés. » (Hymne indien du Vêda. Maurel-DupeyR^»recherches dans les tombeaux, 1877.)
(2) E. Vinet, Les Paradis profanes en Occident. Rev. de Paris, 1856-Ch. Lenthéric, La Grèce et l’Orient en Provence. Les morts à Arles.