LE CONFLUENT DU RHONE ET DE LA SAONE. 439
Vüstis, Dindymène, Rhée, Ops, la Terre, la Grande Mère, laMère des Dieux, la Mère Idéenne, Astarté, Cérès même ne sont^e des variantes et des dérivations de cette divinité mystérieuseet souveraine, qui a été honorée avec terreur et passion dans lam ajeure partie du monde, et dont le culte avait des fidèles d au-tant plus fervents qu’il était accompagné souvent de danses, dedations et de débauches nocturnes.
Toutefois, le sacrifice du taureau, le taurobolium, était, commePour le dieu Mithra, la formule, pour ainsi dire classique, de ceculte orgiastique et sanglant. Le taurobole avait un double carac-tère : fi était à la fois régénérateur pour celui qui le recevait et! flu’on nommait le « taurobolié », tauroboliatus, et propitiatoirepour ceux en faveur de qui on l’offrait.
Prudence nous a laissé des détails fort intéressants sur lestrieuses cérémonies de ce baptême païen. Le texte du poètechrétien', bien que d’une médiocre latinité, en dépeint dune| Manière saisissante toute l’horreur ; et, pour s en rendre uncompte exact, on ne peut mieux faire que de le lire m extenso (1).
« Prudence, dit M. Duruy, décrit un de ces sacrifices faits à laGrande Mère Cybèle. Il montre la foule accourant de loin à latète; car celui qui la donnait y déployait toutes les splendeursque lui permettait sa fortune, et le clergé y étalait toutes sesPompes. Dans le voisinage du temple, on creusait une fosse; et,au son des instruments sacrés, le néophyte y descendait revêtud’habits magnifiques, le front entouré de bandelettes et la têteceinte d’une couronne d’or. Au-dessus de la fosse recouverted’un plancher à claire-voie, on amenait un taureau dont les cornesétaient dorées et les flancs à demi cachés sous des guirlandes defleurs. Les servants du temple le faisaient tomber sur les genoux,et un prêtre, armé du couteau victimaire, ouvrait une large plaieP ar où le sang s’écoulait à flots. La fosse s’emplissait d’unechaude vapeur. L’initié, les bras étendus, la tête renversée ena^ière, tâchait que pas une goutte de ce sang n’arrivât à terre
(1) Voir pièce justificative XX.