LE RHONE MODERNE.
535
tendre à plus; et si la navigation du Rhône ne doit plus, parrapport aux autres voies de transport, tenir la première place,celle qu’elle occupait dans les temps anciens, c’est déjà beaucoupde l’avoir sauvée.
XIII
Un grand fleuve ne doit pas être seulement un instrument detransport. Il porte en lui une autre source de richesses, la fertilitéagricole.
Tout le monde connaît ou a entendu parler de la merveilleuseProspérité de certaines prairies anglaises, des « marcites » deMilan, des « moërs » de la Flandre et surtout de cette célèbre« huerta » de Valence, véritable terre promise depuis le sixièmesiècle, grâce à l’emploi judicieux de deux cours d’eau, le Xucar etla Turia, dont aucune goutte n’est pour ainsi dire perdue. L’idéaldes ingénieurs espagnols en matière de rivière est qu’à I’étiaged’été la totalité de l’eau soit employée pour l’agriculture. Dans latraversée de Valence, la Turia n’a plus d’eau. Tout a été absorbéPar les irrigations; et jusqu’à la mer, le lit desséché ne sert quePour les crues et les inondations. Rizières, vignes, orangers,champs de fleurs, cultures maraîchères, fourragères, arbores-centes, se succèdent sans interruption sur ce sol continuellementArrosé, tour à tour rafraîchi par l’eau courante, réchauffé par uns oleil prodigue, reconstitué énergiquement par des masses énormes^'engrais. Si la Huerta est la plaine d’Espagne la plus savammentfondée, le grao de Valence est peut-être le petit port du monde°ù il entre le plus de navires chargés de guano ; et l’on peut voir,dans ce fortuné pays, des luzernières qui, au milieu de novembre,fournissent leur vingt-deuxième coupe (i).
Sans atteindre à des rendements aussi prodigieux, on sait lesMagnifiques résultats obtenus dans le département des Bouches-du-Rhône, par la dérivation faite dans la Durance à Pertuis. Sur
(i) J.-A. Barrai., Sur les irrigations. Assoc. franç. pour l'avancement desSc *ences, 8'' session. Montpellier, 1879.