LE RHONE MODERNE.
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Tout d’abord on a paru craindre qu’une dérivation un peuimportante ne portât un sérieux préjudice à la navigation enbasses eaux. On a reculé ensuite devant l’énormité des dépenses.L’ampleur des projets, le nombre des variantes, l’ardeur mêmedes polémiques ont fini par lasser un peu l’opinion publique; etaujourd’hui la question de l’appropriation des eaux du Rhône estmalheureusement un peu stationnaire. Il ne saurait être questionde la reprendre ici ; il est du moins intéressant d’en rappeler lesprincipales phases.
XIV
C’est en 1847, il y aura bientôt un demi-siècle, que l’ingénieurDumont émit le premier l’idée, trop grandiose peut-être pourl’époque, mais à coup sûr d’une conception puissante, d’utiliserles eaux du Rhône dérivées en un point élevé de son cours pourarroser les plaines situées sur la rive droite dans la zone inférieure.C’est à lui incontestablement que revient l’honneur d’une initia-tive qui portera un jour ses fruits.
Le Rhône peut se prêter mieux qu’aucun autre cours d’eau deFrance à la pratique de la grande irrigation. Il a d’abord ce pre-mier avantage de présenter cette forte pente qui est précisémentdéfavorable à la navigation ; il peut surtout fournir un abondantVolume d’eau pendant l’époque des arrosages, du 15 avril au15 octobre. Il est en effet alimenté par la fonte des neiges et desglaciers des Alpes. Son niveau ne descend presque jamais, pen-dant la période estivale, à plus de o™,5o au-dessous de l’étiage. Ilse tient presque toujours à 1 mètre ou à 1 mètre 50 au-dessus;et, un peu en amont de l’Isère, où devait avoir lieu la dérivationprojetée par M. Dumont, il roule en pleines eaux un volumemoyen de 400 à 600 mètres cubes. Rien ne paraissait donc pluspratique que de lui en emprunter une cinquantaine et de trans-former ainsi, comme on disait alors pour faire image, les départe-ments du Midi, ces « pays de la soif », en une « luxuriante Lom-bardie ».