LE RP.EilL ET LE FAUBOURG ALLEMAND.
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liants. Et il ne voulait plus d’alliance avec les ducs russes, sesvoisins et ses rivaux. Il fit venir à Moscou quinze cents jeunesfilles : sinon à la plus noble, le diadème grand-ducal serait àla plus belle. Un siècle plus tard, le tsar Michel Féodorovitch,renouvelant un essai de négociation matrimoniale à l’étranger,n’y avait pas mieux réussi : le roi de Danemark allait jusqu’àrefuser de recevoir les envoyés moscovites (I). Dès lors l’usagefut définitivement établi. Des seigneurs et des dames de lacour eurent mission d’examiner, à leur arrivée à Moscou, lesjeunes filles répondant à l’appel. Inspection sévère et minu-tieuse, à laquelle les parties les plus secrètes du corps n’échap-paient pas. On parvenait ainsi, par une série de sélections, àne présenter au Tsar que de vrais morceaux de roi (2).
U arrivait pourtant que l’usage ne fût observé que pour laforme, et tel était précisément le cas en 1670. Les bellesdormeuses, cette fois, devaient vainement se mettre en fraisd’imagination et de coquetterie nocturne. Le choix du souve-rain s’était fixé avant leur arrivée. Le tsar Alexis Mihaïlovitchavait trente-huit ans en 1667, à la mort de sa premièrefemme, une Miloslavski, qui lui avait donné cinq fils et huitfilles. Trois de ces fils étaient morts; les survivants, Féodor etIvan, étaient maladifs ; le Tsar devait naturellement songer àse remarier. Il y songea d’une manière résolue, en apercevantdans la maison d’Artamon Sierguéiévitcb Matviéief, une bellebrune qu’il prit d’abord pour la fille de son conseiller favori.Ce n’était qu’une pupille, Nathalie Kirillovna Narychkine,confiée par son père, pauvre et obscur gentilhomme de pro-vince, à la garde du riche et puissant boïar. L’apparition de labelle Nathalie devantles yeux éblouis du souverain n’aurait puse produire dans une vraie maison moscovite, respectueusedes coutumes locales. La jeune fille y serait restée invisiblederrière les portes impénétrables du terem. Mais le foyer deMatviéief s’émancipait de la règle commune; Artamon avaitépousé une étrangère : une Hamilton. Foudroyant les grandes
(1) Zabielike, Vie privée des tsarines, Moscou, 1872, p. 245.
(2) Ibid., p. 222.