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L’ÉDUCATION.
met aux prises les deux familles que les deux mariages du Tsardéfunt ont tirées du néant. Les Narychkine ont cru, depuis, sedécouvrir un berceau d’une illustration relative au sein d’unefamille tchèque, les Narisci, ayant possédé la souverainetéd’Egra; le Tatar Narich, retrouvé par l’historien Müller dansl’entourage du kniaz Ivan Vassilévitch (1463), paraît plusauthentique. Les Miloslavski formaient la branche moscovited’une ancienne famille lithuanienne, les Korsak, qui subsistenten Pologne; dépossédés de leur rang et de leur influence parles nouveaux venus, ils se sentaient doublement lésés et humi-liés. Le père de Nathalie, Kiril Polouïektovitch, était devenu enquelques années le plus riche seigneur du pays, conseiller decour (doumnyï dvorianiné) et grand officier de la couronne[okolniichyï). Les cloches mises en branle pour les funéraillesd’Alexis sonnent à l’oreille de ses rivaux l’heure de la re-vanche. Miloslavski contre Narychkine! pendant treize ans àvenir ce cri de guerre poussera les destinées de la Russie, lesjettera à la mêlée sanglante des partis se disputant le pouvoir.Vaincu à la première escarmouche, Matviéief, le père adoptifde Nathalie, inaugure la série des victimes; emprisonné, misà la torture, exilé à Poustoziersk, en Sibérie, où il risque demourir de faim (1). Un instant il est question d’enfermerNathalie dans un cloître; on se contente de renvover la mèreet le fils à Préobrajenskoïé, village voisin de Moscou, oùAlexis s’est bâti une maison. Pierre quitte ainsi le Kreml. Iln’y reviendra plus que pour peu de temps, et pour y subir en-core les plus cruelles épreuves et les plus odieux outrages,assister à l’égorgement des siens, à la chute de l’autorité sou-veraine précipitée dans les bas-fonds, à sa propre déchéance.Il vouera alors au sombre palais une rancune implacable.Même vainqueur et maître tout-puissant, il affectera de luitourner le dos. Et cette rupture sera le symbole de sa vie etde son oeuvre.
(1) Voy. \’Histoire de sa captivité’, publiée par Novikof, Moscou, 1785.