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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’ÉDTJCATION.

Le palais confine à l’église et au monastère, et s’en distingue àpeine. Le souverain sur son trône ressemble à la relique voi-sine d’un saint dans sa châsse. D’un bouta l’autre de l’étrangeamoncellement d’édifices profanes et sacrés, maisons, cathé-drales et couvents par trentaines, amortis, étouffés par l’épais-seur des murs, les lourdes tentures d’Orient, l’air pesant quis’y emprisonne, des bruits circulent, se correspondent et seconfondent en une vague harmonie : psalmodie de prêtres en-fermés dans les temples, chants de femmes enfermées dans lesterems; parfois une clameur plus éclatante : l’écho de quelqueorgie dérobée dans un coin du palais ; un cri plus strident : laplainte de quelque prisonnier torturé dans une casemate ;mais le silence est la règle ; on parle bas dans un chuchote-ment, on marche avec précaution, en tâtonnant; on s’observe,on est observé ; intérieur de crypte, de sérail et de geôle.

Ainsi fait, le Kreml n’est pas seulement la demeure duTsar : la Russie tout entière s’y concentre et s’y résume ; uneRussie étrange, vieille de près de dix siècles déjà, enfantinepourtant; avec, derrière elle, un long passé historique, et surelle, l’apparence d’un commencement d’histoire ; une Russieséparée de ses voisins d’Europe, ignorée par eux et ayantpourtant dans ses veines du plus pur sang européen, dans sesannales des traditions, des alliances, des parentés européenneset des destinées communesaussi, bonnes fortunes et disgrâces,victoires et désastres. Du neuvième au dixième siècle, àl’heure où les premiers rois de France, Charles le Gros etLouis le Bègue, luttaient péniblement pour la défense de leurstrésors contre les pillards normands, d’autres rots de la mermettaient pied sur le rivage de la Baltique. Là-bas, le Nor-mand Hrolf arrachait à Charles le Simple le littoral baptisé dunom de sa race ; ici, dans l’immense plaine s’étendant de laBaltique à la mer Noire, au milieu de rares populations fin-noises ou slaves animant ces solitudes, le Normand Rourik etses compagnons fondaient un empire (1).

(1) Contesté par les historiens slavophiles, le fait de cette conquête semblenéanmoins constant. Voy. à ce sujet la réfutation des idées d’Ilovaïski par Solo-