LE KREML ET LE FAUBOURG ALLEMAND.
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Un siècle et demi plus tard, aux trois extrémités de l’Eu-rope, trois autres chefs, trois héros affirment la suprématie dela même race dans une communauté de conquête et de gloire :en Italie, la maison Hauteville s’élève sous Robert Guiscard;Guillaume s’établit en Angleterre, etlaroslav règne en Russie.
Cette Russie n’est pas celle de Moscou. Moscou n’existe pasencore. La capitale de Iaroslav est à Kief, bien différente etbien autrement voisine du monde occidental. A Kief, les des-cendants de Rourik entretiennent des relations suivies avec laGrèce, l’Italie, la Pologne, l’Allemagne. Ryzance leur donnedes moines, des savants et des prélats pompeux; l’Italie etl’Allemagne, des architectes, des artisans, des marchands etdes éléments de droit romain. Vers l’an 1000, Vladimir, le« Soleil rouge» des Rapsodes, fait une loi à ses seigneurs d’en-voyer leurs enfants dans les écoles créées par lui auprès deséglises ; il établit des routes , dépose dans les églises deséchantillons de poids et de mesures. Son fils Iaroslav (1015-1054) bat monnaie, construit des palais, orne les places de sacapitale avec des statues grecques et latines, et fait rédiger uncode. Les cinq tableaux conservés au Vatican sous le nom decollection Capponienne nous gardent un témoignage authen-tique et un spécimen curieux de l’art russe tel qu’il florissaitàKief au douzième siècle (1). Exécution savante, nullement in-férieure aux meilleures œuvres des primitifs italiens, d’unAndrea Rico di Candia, par exemple. Et ces prémisses de cul-ture ne sont pas isolées à Kief; en 1170, à Smolensk, le kniazRoman Rostislavitch s’occupe de science, se donne des biblio-thèques, fonde des écoles et des séminaires, où l’on enseigneles langues classiques. D’un bout à l’autre de l’immense em-
vief (vol. VII du Recueil des sciences politiques de Bezobrazof, 1879), et lesEtudes du Père Martynof [Revue des questions historiques, juillet 1875, Poly -biblion, 1875). —- Solovief admet toutefois la donnée, consolante pour l’amour-propre national, d’une soumission volontaire des peuplades slaves à un Kniazétranger, appelé par elles pour les gouverner.
(1) La collection est un don de Pierre le Grand, fait à un comte Capponi enreconnaissance de la part prise par .lui à la signature d’un traité de commerceavec Gênes.