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L’ÉDUCATION.
pire qui s’ébauche là, entre le Don et les Garpathes, entre leVolga et la Dvina, un commerce actif se poursuit déjà avecl’occident, le sud et le nord de l’Europe. Novgorod tient laBaltique ; à Kief, une foule bigarrée de marchands, Normands,Slaves, Hongrois, Vénitiens, Génois, Allemands, Arabes etJuifs, remplit les rues, tient boutique de toute sorte de pro-duits. En 1028, on y compte douze marchés.
Et ces ducs de Kief ne sont pas réduits à chercher femmedans les terems de leurs sujets. Iaroslav prend la sienne enSuède, Ingegard, fdle du roi Olaf; il marie sa sœur au roiCasimir de Pologne; un de ses fils, Vsievolod, à la fille del’empereur Constantin Monomaque de Byzance ; un autre,Viatcheslaf, à une comtesse de Stade ; un autre, Igor, à Kune-gonde, comtesse d’Orlamünde. Sa fille aînée, Élisabeth,épouse le roi Harold de Norvège; la troisième, Anastasie, leroi André I er de Hongrie. En 1048, trois évêques, Gautier deMeaux, Gosselin de Chalignac et Roger de Châlons, viennentà Kief demander la main de la seconde, Anne, pour le roiHenri I er de France.
Tout cela s’effondre, tout cela disparaît sans trace avant lemilieu du treizième siècle. Tout cela, en effet, n’est pas devenuencore un empire véritable, un édifice établi sur des assisessolides, à l’épreuve d’un choc violent. Ducs de Kief, de Nov-gorod ou de Smolensk, ils avaient beau, ces Rourikovitch,accoupler à leurs instincts batailleurs de remarquables facultésd’organisation, ils portaient en eux la marque de leur origine,un ferment de violence et de désordre, que le temps seul, unlong assouplissement aux mœurs des sociétés policées, à laloi des États fortement organisés, se chargerait de fairedisparaître. Le temps leur fait défaut. Le choc se produit en1224, avec l’apparition des hordes mongoles de Baty. A cemoment, après un essai de concentration, au commencementdu douzième siècle, sous Vladimir Monomaque, ils étaientune soixantaine, entre le Volga et le Boug, à se disputer destronçons de pouvoir, des bribes de souveraineté. Baty etMangou, un petit-fils de Genhis-Khan, les mettent d’accord.