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L’ÉDUCATION.
ainsi, étendant, affermissant pas à pas l’autorité gagnée, lasupériorité obtenue à ce prix, jusqu’au jour longuementattendu, industrieusement préparé, où elle se sentirait assezforte pour rompre le pacte infamant, devenu entre ses mainsun instrument d’émancipation.
Gela durait près de deux siècles ; deux siècles, au cours des-quels les kniaz voisins, ceux de Péréiaslavl, Riazan, Vladimir,Ouglitch, Halitch, Rostov, Iaroslavl, Souzdal, devenaient,un à un, petit à petit, les vassaux d’abord, puis, simplement,les premiers sujets, les boïars du kniaz démesurément agrandide Moscou ; au cours desquels aussi l’hégémonie mongole,divisée elle-même et énervée par des discordes intérieures,allait en s’affaiblissant. Enfin, aux environs de 1480, lestemps d’épreuve sont accomplis, et, soudain, l’Europe éton-née apprend qu’il y a, entre elle et l’Asie, quelque chose denouveau, un nouvel empire, dont le chef a affirmé son indé-pendance. Il a repoussé la Horde d’or en dehors des frontièresrécemment tracées d’un immense territoire soumis à ses lois ;il a conquis Novgorod et Tver ; il a épousé à Rome une prin-cesse grecque venant de Constantinople ; il a pris pour armoi-ries l’aigle à deux têtes; il se nomme Ivan, et ses sujets l’ontappelé « Ivan le Grand » .
Mais cet empire nouveau n’était plus celui de Kief, et, àpart l’origine dynastique de son chef, il semblait bien n’avoirrien de commun avec ce qui fit la puissance et la gloirede Iaroslav et de Vladimir. Ce grand-duc de Moscou avaitbeau s’intituler à son tour souverain de toutes les Russies,les provinces dont il se réclamait ainsi et qu’il disait siennesne lui appartenaient pas. Elles étaient pour le moment àla Pologne. Ce qui lui appartenait se trouvait pour les troisquarts en dehors de l’ancienne conquête normande, et, danssa capitale comme dans son empire, tout ou presque tout étaitd’origine nouvelle aussi et de caractère très différent. L’Europen’v figurait, pour ainsi dire, pas. Le flot turano-mongol, ense retirant, avait laissé sur cette terre ari-slave, ainsi qu’unlimon épais, ce qu’il portait en lui d’éléments stables : procédés