LE KREML ET LE FAUBOURG ALLEMAND.
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de gouvernement, mœurs, habitudes d’esprit; nulle semencede culture, par contre, et pour cause. Sauf les traditions del’Église byzantino-russe, conservées par les prêtres et moinesgrecs, l’État et la société qui avaient réussi à s’organiser sousla tutelle séculaire des successeurs de Baty étaient essen-tiellement asiatiques et naturellement barbares. Séparés silongtemps de l’Europe, État et société étaient restés étrangersà la grande école où s’est formée l’unité intellectuelle et mo-rale de l’Occident : le régime féodal, les croisades, la chevale-rie, l’étude du droit romain, d’où l’esprit moderne est sorti àreculons, en remontant aux sources; la grande lutte entre lepouvoir spirituel et le pouvoir temporel, d’où a pris son essorl’esprit de liberté. En repoussant l’union avec Rome, opéréepar le concile de Florence et acceptée par la métropolie deKief, celle de Moscou, récemment érigée (1325 ou 1381),avait d’elle-même et délibérément rompu avec le mondeoccidental. Condamné par le Pape, ce lointain et obscurschisme oriental s’était mis au ban de la chrétienté. Quandon aura été las de disputer avec lui, on le rejettera à l’oubli.
Les semences de culture reparaissaient pourtant et émer-geaient lentement, perçant l’épaisse croûte du bourbier asia-tique. Elles venaient d’où elles pouvaient venir, de l’Europetoujours et par la Pologne d’abord, par le canal des grandsseigneurs lithuaniens, ces ci-devant Russes polonisés. Avantde se réfugier chez ses voisins, le collaborateur révolté d’Ivanle Terrible, Kourbski, correspondait avec les Czartoryski,restés, eux, Russes encore de la tête aux pieds et orthodoxes.Revenant de Pologne, après une campagne heureuse, Ivan lui-même en rapportait, butin de guerre et trophée symbolique,la première imprimerie qu’ait vue Moscou. La conquête deNovgorod (1475) avait mis d’autre part le nouvel empire mos'-covite en contact avec la Hansa. En 1553 venait la découvertede l’embouchure de la Dvina par les Anglais ; voilà Arhangelfondé et le commerce des mers du Nord. Mais voici encorel’invasion, la lutte pour l’existence à recommencer. Les enva-hisseurs, heureusement, venaient, cette fois, d’un autre côté.