14
L’EDUCATION.
C’était le reflux de l’Europe; il s’en irait plus vite, et, en s’enallant, il laisserait autre chose que de la boue. Les arméespolonaises traînaient derrière elles, dans leurs fourgons, toutl’attirail de la Rome papale : Jésuites et fils de saint Bernard,propagande catholique et science scolastique. Après lesJésuites, instruits, diserts, fins, les faux tsars, d’origine polo-naise également, élégants, raffinés. La cour de Dimitri et deMarina Mniszech prend modèle sur celle de Sigismond, qui apris leçon pour la sienne de Bone Sforza, son épouse. Unorchestre polonais y mêle ses mélodies profanes aux rites duculte orthodoxe ! Au jour même du triomphe définitif de lacause nationale, l’influence polonaise et occidentale s’affirmerajusque dans les victoires et les reprises de l’élément moscovitesur la Pologne et sur l’Occident. En prenant possession deKief, les armées du tsar Alexis n’y retrouvent plus rien, sansdoute, de ce que l’invasion mongole y avait trouvé, nulle tracedes splendeurs anciennes ; mieux que le vide pourtant et lenéant de Moscou : des écoles encore, de fondation polonaise ;une imprimerie, pour remplacer celle d’Ivan, anathématiséeaussitôt là-bas, détruite déjà; une académie ecclésiastiquegréco-latine, tout un petit fonds de civilisation aisément assi-milable.
III
Et, dès cette époque, Moscou avait le moyen de sortir del’Asie et de rentrer en Europe sans passer la frontière. Si,chassé du Kreml par une faction hostile, jeté, pour ainsi dire,dans la rue, Pierre n’éprouvait aucun désir de regagner lademeure familiale, c’était qu’il avait rencontré, dans unproche voisinage, un autre foyer plus attirant. En s’annexantNovgorod, la cité républicaine et difficile à soumettre, Ivanavait pris le parti d’en changer l’esprit turbulent — en chan-geant la population. Dix mille familles à déplacer. On a gardé,