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L’ÉDUCATION.
kaze), est une figure tout à fait moderne de courtier diploma-tique et de routier cosmopolite, ayant couru l’Europe etvisité la Chine. Il dresse des plans pour la navigation desgrands fleuves de l’Asie et correspond avec le bourgmestred’Amsterdam, Witsen. Galitsine habite un palais qui au dehorscomme au dedans a toutes les apparences d’une demeure euro-péenne de haut bord, meubles précieux, tentures des Gobelins,tableaux et hautes glaces. Il possède une bibliothèque, oùfigurent des livres latins, polonais, allemands, où se retrouveraplus tard le manuscrit du Serbe Krijanitch, un apôtre deréformes, dont Pierre s’est probablement inspiré. Il faitbâtir trois mille maisons h Moscou et même un pont depierre, le premier, dont un moine polonais donne le plan. Ilest un ami passionné de la France et fait porter à son filsun portrait de Louis XIV (1). Sa chute suivie de l’avènementde Pierre sera sincèrement regardée par La Neuville commeune catastrophe pour la civilisation. On le voit bien ratta-ché encore par certains côtés au monde qu’il travaille àfaire disparaître. II n’était pas exempt de superstition.il faisaittorturer un paysan qu’il soupçonnait d’avoir voulu lui jeterun sort (2). On l’accusera plus tard d’avoir cherché à gagnerles faveurs de Sophie au moyen d’un philtre, et d’avoir faitbrûler l’homme chargé de le préparer (3). Mais, à cet égard,Pierre lui-même ne sera pas exempt de quelques faiblessesd’esprit. En somme, cet adversaire du lendemain est un pré-curseur de la veille.
Né en 1643, Yassili Vassilevitch Galitsine avait trente-neufans au moment où la maladie de Féodor le rapprochait deSophie. Il était marié et avait de grands enfants. Avec luiparaissaient aussi au chevet du moribond Simon Polotski, unprêtre petit-russien, fort instruit pour l’époque, Silvestre Mied-viédief, un moine érudit, bibliographe et poète de cour,Flovanski, un homme de guerre, le favori des Streltsy. Un
(1) Solovief, llist. de Russie, t. XIV, p. 97; Avril, ouvrage cité, p. 296.
(2) Jeliaboujski, Mémoires (édition Iazykof), p. 21.
(3) Oustrialof, llist. de Pierre le Grand, t. II, p. 48 et 344.