LA TSAREVNA SOPHIE.
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groupe politique se formait ainsi, dont les éléments s’étaientpeut-être attirés antérieurement déjà et réunis dans l’ombre.Miedviédief en était l’âme, mais Galitsine y tenait, aux côtésde Sophie, la première place, et c’était l’amour qui la lui don-nait. La Tsarevna avait vingt-cinq ans et en paraissait qua-rante aux yeux de La Neuville. Avec une nature ardente, pas-sionnée, elle n’avait pas vécu encore, et, son esprit comme soncœur ensemble éveillés la faisaient se jeter dans la vie intré-pidement, éperdument, se livrer tout entière au flot impé-tueux qui l’emportera. Elle devenait ambitieuse en devenantamoureuse. Naturellement, elle associait à ses ambitionsl’homme sans lequel leur succès n’aurait pas de charme. Ellele poussait, plutôt que d’être poussée par lui, à l’escalade dela haute fortune à partager en commun. Lui semble person-nellement timide, défiant et irrésolu, donnant tôt des signesde vertige et de détresse. Il reculerait peut-être à l’heure desrésolutions suprêmes, sans Miedviédief, sans Hovanski. Mied-viédief aiguillonne la bande, lui souffle sa propre passion, safièvre de combat; Hovanski, enfin, lui met entre les mainsl’arme redoutable dont elle a besoin pour servir ses desseins.
II
Création d’Ivan le Terrible et de son compagnon d’armes,Adachef, les Streltsy n’ont derrière eux, en 1682, qu’unpassé assez court et d’une gloire déjà obscurcie ; mais ils ontréussi à s’en faire un fonds, sur lequel ils vivent très large-ment. Hommes libres, soldats de père en fils, ils forment, aumilieu de l’asservissement général, une caste militaire privi-légiée et ayant, à raison même de ses privilèges, acquis uneimportance hors de proportion avec son rôle naturel et sesservices. L’État les loge, les équipe et les paye, même entemps de paix, alors que les autres hommes libres sont con-