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L’ÉDUCATION.
damnés à servir sans solde aucune, à leurs frais, même entemps de guerre. Ils ont une administration spéciale et uncommandant à eux, qui est toujours un bo'ïar de marque. Entemps de paix, ils font la police des rues, le service despatrouilles, factions et gardes d’honneur, et éteignent lesincendies. Un régiment de choix, le « régiment de l’étrier »
( stremiannyi '), accompagne le Tsar dans toutes ses sorties audehors de la ville. En temps de guerre, ils forment l’avant-garde et le noyau de son armée. Vingt régiments à Moscou,de huit cents à mille hommes chacun, se distinguant par lacouleur de leurs uniformes : caftans rouges, bleus ou verts,avec de larges ceintures rouges, des bottes jaunes et des bon-nets de velours, garnis de fourrure ; un nombre incertain derégiments dans les provinces. Leur métier militaire leur lais-sant des loisirs, ils font aussi du commerce et de l’industrie ;ils s’y enrichissent aisément, ne payant ni patente ni impôt ;aussi arrive-t-il fréquemment que des bourgeois aisés deMoscou sollicitent la faveur d’une inscription sur leurs rôles.Mais ils sont exclusifs et se défendent contre les intrus (I).
C’est à eux qu’autrefois Boris Godounof a dû sa victoire surle samozvaniets Dimitri ; ils ont opéré, sous le tsar Michel, lacapture de Marina Mniszech et de Zaroutski, son dernier par-tisan, pris Smolensk aux Polonais sous Alexis, défendu Tchi-guirine contre les Turcs sous Féodor ; pendant la longue criseintérieure et extérieure du dix-septième siècle, ils ont con-stamment tenu le parti du pouvoir régulier, vaincu Rasine, leCosaque rebelle, et au demeurant sauvé la monarchie. Maiscette époque troublée a réagi sur eux, jeté dans leurs rangsdes ferments d’insubordination. La vie oisive achève de lescorrompre. Défenseurs naturels de l’ordre, les voici depuisquelque temps faisant cause commune avec les insurgés detoute espèce, donnant le signal des émeutes. Les émeutessont maintenant à l’ordre du jour dans les basses classes. La
(1) 0 ustrïalof, t. I, p. 17 et suiv.; Berg, Le règne du tsar Féodor , Péters-bourg, 1829, t. II, p. 36 et suiv. ; Herrmann, Geschichte Busslands , Gotha,1846-1860, t. IV, p. 1 et suiv.