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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LA TSAREVNA SOPHIE.

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corruption, l’avidité des fonctionnaires, les abus qui en décou-lent ont soulevé l’âme populaire. L’avènement de Pierre seprépare aussi là, dans cette société en ébauche devant un Étaten décomposition. Ayant moins à se plaindre que les autres,les Streltsy n’en sont pas empêchés d’élever la voix au-dessusde tous les plaignants. Soldats plus que médiocres désormais,ainsi qu’un avenir prochain le prouvera, ils se révèlent commedes braillards redoutables ; un jour d’orage en fera les plusféroces des bandits.

Des symptômes inquiétants ont paru parmi eux avant la finde Féodor ; ceux du régiment de Siemione Griboiédof se sontsoulevés contre leur colonel, l’accusant de concussion ; il leurvolait leur traitement et les obligeait à travailler le dimancheà la construction d’une maison de campagne. La faiblesse dupouvoir aidant, entre un souverain agonisant et des héritiersmineurs, la contagion s’est propagée. Arrivant au pouvoiravec Pierre, les Narychkine trouvaient seize régiments enfeu. Fort embarrassés, ils faisaient revenir d’exil Matviéief, lecréateur de leur fortune, l’homme d’État expérimenté, et, enattendant ce sauveur, ils livraient les colonels. On leur appli-quait la procédure du pravièje, en usage pour les débiteursinsolvables. Devant les troupes assemblées, les chefs incri-minés étaient frappés de verges sur le gras des jambes, jusqu’àce qu’ils eussent abandonné tout leur avoir, fruit de rapinesréelles ou présumées. Le supplice durait de longues heures.Ils n’en mouraient pas, mais la discipline était morte, et labête féroce démuselée dans cette troupe de prétoriens sau-vages, n’attendait plus qu’une proie à sa portée pour prendreson élan et faire jouer ses griffes. Sophie et ses conseillers luimontreront les Narychkine.

Le mouvement est préparé, l’émeute organisée rapide-ment, tambour battant, cyniquement aussi, presque à visagedécouvert. L’oncle de la Tsarevna, Ivan Miloslavski, dénoncéplus tard par Pierre comme l’ouvrier principal de l’œuvreinfâme, poursuivi jusque dans la tombe d’une haine farouche,s’agite violemment, colportant de fausses nouvelles, attisant