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L’ÉDUCATION.
à exagérer la portée de ces curiosités enfantines (1). Imagi-nons le premier enfant venu, bien doué, cela va sans dire, àl’intelligence ouverte; supposons-le soustrait radicalement autrain-train ordinaire des éducations systématiques et en mêmetemps absolument libre de satisfaire les exigences de son espriten éveil, de son imagination en travail naturel : il est clair queson désir instinctif de savoir se portera sur une foule d’objets.Pierre est un avmètèoty.zoï;, ainsi qu’un diplomate à son serviceen fera un jour la remarque dans une lettre adressée à Leib-nitz (2). Il ne s’ensuit pas du tout qu’il soit un élève précoce.Nous possédons ses cahiers d’études; à seize ans, sa calligra-phie restait faible, son autographe lamentable, et il en était àapprendre les deux premières règles de l’arithmétique. Sonprofesseur, le Hollandais Franz Timmermann, avait de lapeine, lui-même, à se tirer d’une multiplication comportantquatre chiffres. Il est vrai que dans les leçons ainsi donnéesles problèmes d’arithmétique alternaient avec les théorèmesde géométrie descriptive (3).
Avec nos procédés d’entraînement scolaire, systématique-ment et invariablement gradué, nous répugnons à voir ainsiinterverti un ordre de progrès intellectuel auquel nous som-mes habitués et qui peut pourtant n’être qu’arbitraire. Cesinterversions sont fréquentes dans des milieux intellectuelsmoins compassés et moins astreints à la règle que le nôtre.
C’est d’ailleurs à un hasard encore que Pierre doit de s’êtreassez tôt intéressé à un genre d’études peu fait pour séduireles très jeunes esprits. En 1686, une conversation a acciden-tellement attiré sa curiosité sur un instrument merveilleuxrapporté par le prince Jacques Dolgorouki d’un voyage enpays étrangers. Avec cet instrument, s’est-il laissé dire, on
(1) N. Astrof, L’éducation, première de Pierre I er ; Archive russe, 1875,t. II, p. 470. Comp. Pogodine, Les premières années de Pierre le Grand, Mos-cou, 1875, p. 17 et suiv.
(2) Le baron Urbich, 16 nov. 1707, chez Guerrier, Leibnitz in seinen Bezie-liungenzu Russland, Leipzig, 1873, t. II, p. 71.
(3) Oustrialof, t. II, p. 439. — Cabinet de Pierre I er , Archives de l’Empire,sect. I, liv. 38.