LA TSAREVNA SOPHIE.
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I pouvait mesurer les distances sans bouger de place. Rien depareil ne s’était encore vu à la Oroujennaïa palata ! Et de récla-mer Yastrolabe. Hélas ! Dolgorouki revenait les mains vides :l’objet ne se retrouvait plus dans sa maison; on l’avait volésans doute. Heureusement le prince allait repartir pour les paysféconds en merveilles; Sophie et Galitsine l’envoyaient auprèsde Louis XIV, avec mission de solliciter un secours contre leTurc. Le Roi Très Chrétien fit à l’ambassadeur l’accueil que l’ondevine, mais Y astrolabe fut acheté. Quand Pierre l’eut entreles mains, il commença par en être fort embarrassé : comments’en servir? Quelqu’un parla de Timmermann, et le Hollandaisqui bâtissait des maisons au Faubourg allemand devint précep-teur de mathématiques à Préobrajenskoïé.
Pierre n’eut ni le temps, ni l’envie, ni les moyens, avec untel maître, de pousser très avant dans cette branche du savoir.
■ Évidemment et simplement Y astrolabe, entre ses mains, n’étaitque la manifestation accidentelle de cet instinct de touche-à-tout, qui constitue le fond de toutes les natures enfantines.Sans doute la manière dont s’accuse chez lui le prurit com-mun sort du commun à beaucoup d’égards, révélant non seu-lementun caractère particulièrement formé, incliné au sérieux,chez l’enfant lui-même, mais, au dehors, des circonstancestrès particulières aussi, dont son esprit subit l’influence. Sadestinée voulait que, dans le milieu où il se trouvait placé,les choses sollicitant le plus énergiquement son intelligenceen quête de sensations nouvelles, les plus attractives, les pluscurieuses, fussent aussi les plus instructives et les plus utiles;
; choses d’un monde nouveau et peuplé de prodiges, avec lequelce milieu entrait en contact.
Car évidemment encore il n’est pas vraisemblable, en dépitde toutes les légendes, qu’à dix ans, ou même à seize, le futurRéformateur se soit rendu compte de l’avantage qu’aurait unjour la Russie à être gouvernée par un prince initié à la pra-tique de quatorze métiers. C’est le chiffre consacré. Pierre n’ajamais appris quatorze métiers; il en a étudié et pratiquéquelques-uns, celui de tourneur, par exemple, ou de dentiste,