LA TSAREVNA SOPHIE.
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et se refusant à devenir mahométans « parce que boire est lajoie de la Russie » .
Pierre sera toujours un bon camarade et un joyeux buveur;toujours aussi il conservera l’empreinte, déplaisante à certainségards, de ce compagnonnage sorti des bas-fonds populaires,et il en léguera quelque chose à son œuvre, à la vie nationalefaçonnée par lui. Les mœurs populaires de l’époque précédantson avènement ont trouvé, depuis, des apologistes passionnés.L’éloge devrait s’étendre à la personnalité intime du grandRéformateur, et ce serait entreprise hasardeuse. Habitudes sor-dides, façons grossières, vices dégradants, relent de cabaret etparfum de cynisme, tout ce qui y paraît de choquant est ceque Pierre a ramassé dans la rue, dans la vie commune de sonpays avant la réforme. 11 a eu tort d’en garder le goût, et plusencore de vouloir que son peuple le gardât.
Y
La tsarine Nathalie semble s’être avisée très tard du dangercréé pour son fils par ces fréquentations. Elle en avait d’autres,elle-même, qui, guère mieux choisies, l’absorbaient. L’originedes régiments « de plaisance » (potiecknyïé ) remonte, d’aprèsles données les plus sûres, à l’année 1682, ce qui suffit pourdépouiller cette création, à son début, du caractère sérieuxqu’on a imaginé de lui prêter : Pierre avait dix ans (1). Mais en1687 les jeux militaires du jeune Tsar commençaient à pren-dre des proportions qui attiraient sur eux l’attention générale.Une forteresse était bâtie à Préobrajenskoïé, sur les bords dela Iaouza, et on y tirait le canon ! L’année d’après venait ladécouverte de la chaloupe anglaise, et, partagé désormaisentre l’eau et le feu, attiré à Péréïaslavl, Pierre échappait à
(1) Voy. Oustrialof, t. II, p. 329. Comp. Mémoires de Malviéief (édit. Tou-manski), t. I, p. 194-196.