LE MONASTERE DE LA TROITSA,
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u son camp » , à l’occasion de la bénédiction des eaux de laIaouza, Sophie s’était fait accompagner par trois centsStreltsy; quelques jours après, Pierre venant au Kreml, poursouhaiter une bonne fête à sa tante Anna, Chaklovityï apostaitcinquante hommes sûrs près de Y escalier rouge, en vue deparer à tout événement.
Il y eut, en cette nuit fatidique, une troupe en armes réunieau Kreml. Dans quel but? Pour l’accompagner au matin dansun pèlerinage, assura plus tard Sophie. Dans les rangs de cessoldats, plusieurs centaines, choisis parmi les plus dévoués àla cause de la Tsarevna, il s’en trouva cinq pour laisser en-tendre des menaces contre Pierre et contre sa mère. Deuxautres, dont les noms ont passé à la postérité, Mielnof etLadoguine, jugèrent l’occasion bonne pour déserter, passerau camp de Préobrajenskoïé et s’y faire bien venir, en qualitéde donneurs d’alarme. Quelques historiens ont deviné en eux defaux zélateurs, ayant obéi à un mot d’ordre émanant du partiqui poussait Pierre à l’action (1). Il se peut. Arrivons au ré-sultat, qui est constant.
Pierre commence par la fuite ; sans songer à vérifier la réa-lité du péril qui le menace, il saute à bas de son lit, courtdroit aux écuries, en chemise, les jambes nues, enfourche uncheval et se cache dans la forêt voisine. Quelques koniouhyviennent l’y rejoindre, lui apportent des vêtements. Suiventdes officiers, des soldats en petit nombre encore. Dès qu’il sevoit entouré, pourvu d’une escorte suffisante, sans se donnerencore le temps d’avertir sa mère, sa femme, ses autres amis,il pique des deux et court à bride abattue dans la direction dela Troîtsa. Il y arrive à six heures du matin, le corps rompu,l’âme en défaillance. On lui offre un lit; il est incapable deprendre du repos; il s’inonde de larmes et pousse des gé-missements, effaré, inquiet, demandant à vingt reprises àl’archimandrite Vincent s’il peut compter sur lui pour le pro-téger. Ce moine était depuis longtemps son partisan dévoué, et
(1) Pogodine, Les premières années de Pierre, p. 183-226.