LE MONASTÈRE DE LA TROITSA.
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III
On parlemente d’abord, Pierre écrivant à Sophie pour luidemander des explications sur les armements nocturnes duKreml, et la Tsarevna envoyant une réponse ambiguë. Oncherche de part et d’autre à gagner du temps; un facteurimportant restait dégagé de la lutte ainsi entamée : l’arméeindigène et étrangère, le gros des Streltsy et les régiments deGordon et de Lefort, qui n’avaient pas bougé. Il s’agit desavoir qui les enrôlera à son service. Le 16 août, Pierre prendles devants : une gramota (message) du Tsar convoque pourle surlendemain des détachements de toutes ces troupes, dixhommes par régiment. Riposte vigoureuse de Sophie : desémissaires à elle, postés aux bons endroits, arrêtent les mes-sagers du Tsar, en même temps qu’une autre gramota, signéepar la Régente, interdit aux soldats et aux chefs de quitter leursquartiers. Peine de mort pour les contrevenants. La mesureparaît efficace d’abord : les détachements convoqués nerépondent pas à l’appel; le bruit court que la gramota de Pierrea été falsifiée. Lentement pourtant, insensiblement, les quar-tiers se vident, en même temps que l’affluence de soldats etd’officiers de toutes armes augmente à la Troïtsa; parmi ceuxmêmes qui tiennent de plus près à la Tsarevna, des symp-tômes de défaillance paraissent. Yassili Galitsine, tout le pre-mier, en donne l’exemple. Il a songé, croit-on, un instant àpasser en Pologne, pour en revenir avec une armée de Polo-nais, de Tartares et de Cosaques, et faire ainsi face aux événe-ments. Sophie l’aurait détourné de ce projet qui la séparait deson amant. Il l’abandonne alors à sa destinée et s’abandonnelui-même, se retirant dans sa maison de campagne de Mied-viedkof, à trois lieues de Moscou, prétendant ne se mêler derien. Aux officiers étrangers qui viennent prendre ses ordres,