EN CAMPAGNE.
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demeure, une flottille, une cour de justice, des bureaux d’ad-ministration et un métropolite, qui est l’ancien précepteur dujeune Tsar, Zotof, créé plus tard Pape ou Patriarche des fous.On y trouve même un roi. C’est Romodanovski qui tient lerôle, prenant le titre de roi de Presbourg (nom donné mainte-nant à la ville), et, en cette qualité, faisant campagne contre leroi de Pologne, que Boutourline est chargé de figurer. En 1694,le roi de Pologne a mission de défendre une place, dûmentmise en état de défense, contre une armée d’assiégeantsdirigée par Gordon. A la première attaque, sans attendrel’effet, escompté d’avance, des procédés indiqués par lascience, lignes de circonvallation, approches et mines, la gar-nison et son chef mettent bas les armes et prennent la fuite.Colère de Pierre ; ordre aux fuyards de rentrer dans la forte-resse et de s’y défendre à toute extrémité; terrible dépensede coups de canon, qui, pour n’être pas chargés à mitraille,arrivent pourtant à blesser et même à tuer du monde. Fina-lement, le « roi de Pologne » est fait prisonnier et conduitdans le camp de son vainqueur, les mains liées derrière ledos (1).
On se trouve à ce moment, ne l’oublions pas, en paix avecla Pologne et même en alliance, et le vrai roi de cette nationamie, acclamé par toute l’Europe, s’appelle Jean Sobieski ! Ons’en moque. Dans la série de manoeuvres exécutées en 1692,je vois des exercices de cavalerie, auxquels prend part unescadron de nains. En 1694, des chantres d’église faisant partiede nouvelles formations militaires combattent, sous le com-i mandement du fou de cour Tourguénief, contre les scribes del’armée.
Pierre s’amuse. Une fête continuelle, une orgie de mouve-ment et de bruit, s’accompagnant de quelques exercices instruc-j tifs, tombant plus souvent aux puérilités et aux pires licences,j c’est dans cette période transitoire, qui dure près de sixj années, tout ce qui paraît de la vie du futur héros. Tantôt il!
(1) Jeliaboujski, Mémoires , p. 39.
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