Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
69
JPEG-Download
 

EN CAMPAGNE.

69

Prophète (1). » Il a maintenant vingt et un ans, mais il traiteratoujours l’orthographe en écolier facétieux, et il en fait autant,pour le moment, de la marine. Il joue au matelot, commenaguère au soldat ou à l’homme civilisé. Chez Lefort, il s’ha-billait à la française; dans les rues d’Arhangel, il promèneun costume de capitaine hollandais. Il est tout à la Hollande;il adopte son pavillon, rouge, blanc et bleu, en changeant seu-lement l’ordre des couleurs, et, dans les cabarets, on le voitattablé et vidant force bouteilles avec les compatriotes deTromp et de Ruyter.

En janvier 1G94, nous le retrouvons à Moscou, auprès du litde mort de Nathalie. Il montre beaucoup de chagrin au mo-ment du dénouement fatal, pleure abondamment; mais letroisième jour il est déjà à festoyer chez Lefort. Sans cœur?Incapable de tendresse? Pas absolument. Il n’a que de bonsprocédés pour Ivan, et jusqu’à la fin du malheureux souve-verain, en 1696, il agit à son égard en frère affectueux. Ca-therine trouvera un jour en lui mieux encore qu’un amantpassionnément épris, un ami et plus tard un époux, non passans reproche, certes, mais sûr, à toute épreuve, très attaché,sinon très délicat et entièrement fidèle. Il est jeune pour lemoment et sera toujours rebelle à toute contrainte. Il se consolevite de la perte de sa mère, qui le gênait dans la liberté dej ses allures, comme il a vite oublié l’existence de sa femme,j Le 1 er mai, il repart pour Arhangel et y reprend son, existence de marin fantaisiste. 11 distribue des grades dans la; flotte, comme tantôt il en distribuait dans l’armée ; Romoda-novski, Boutourline et Gordon deviennent : amiral le premier,vice-amiral le second, et contre-amiral le troisième, sansjamais avoir vu la mer (les deux premiers du moins), ni êtremontés sur le pont d’un vaisseau. Pierre reste simple capi-taine, comme il a été simple bombardier dans les troupes deterre. On s’est obstiné à découvrir des intentions profondesdans ce parti pris de modestie apparente et d’effacement, per-

i

' (1) Ecrits et Correspondance , t. I, p. 23.