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L’ÉDUCATION.
sévères pour leur conservation. Peine perdue! En 1803, unseul bateau demeure sur les lieux, abrité par un pavillon, qui,lui aussi, tombe déjà en ruine. De la maison habitée jadis parPierre plus de trace. Tout a disparu, jusqu’aux bouleaux àl’ombre desquels l’apprenti charpentier se reposait de sonlabeur (1).
En 1093, il a fini par se sentir à l’étroit sur le Pletckéiévo-Osiéro, comme autrefois sur les étangs de Préobrajenskoïé ; il aarraché à sa mère un consentement longtemps refusé ; il partpour Arhangel. Il verra enfin la vraie mer! 11 a dû promettrede ne point s’embarquer; de seulement regarder les vais-seaux, sans quitter le rivage. On pense bien qu’il a tôt faitd’oublier ses serments. Il risque pour de bon de se noyer enallant sur un méchant yacht, à la rencontre d’un navire achetéà Amsterdam. C’est un vaisseau de guerre, mais on y trouveautre chose que des canons : de beaux meubles, des vins fran-çais, des singes et des chiens bolonais. En mettant pied àbord, Pierre est transporté : « Tu le commanderas, écrit-il à« Lefort, et j’y serai simple soldat. » Et au bourgmestreWitsen, qui a fait l’emplette du navire : « Mm her, je ne puisii vous écrire par la présente que ceci, c’est que Jean Flamm« (le pilote) est arrivé en bon état, portant quarante-quatre« canons et quarante matelots. Saluez les nôtres. Je t’écrirai« plus au long par l’ordinaire, car en cette heure de bonheur« je ne me sens pas en disposition d’écrire, mais bien plutôt |ii de rendre honneur à Bacchus, qui de ses pampres se plaît» à fermer les yeux de qui voudrait t’écrire une lettre plus« circonstanciée. >>
Il signe :
« Schiper Fon schip santus profetities. «
Ce qui a la prétention de vouloir dire : « Capitaine du Saint-
(1) OüSÏRIALOF, t. II, p. 146.