TRAITS DE CARACTERE.
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la mariée, se tient debout pendant le repas, surveillant leservice, et ne mange qu’après (1). Un négrillon, qui lui sertde page, a le ver solitaire ; il s’occupe de l’en débarrasser et ytravaille de ses doigts (2).
Son divertissement préféré, d’ailleurs, aux heures de récréa-tion, c’est encore et toujours le travail. C’est pour cela qu’ilest graveur sur cuivre et tourneur en ivoire. En mai 1711,l’envoyé de France, Baluze, ayant obtenu de lui une entrevueà Jaworow, en Pologne, le trouve au jardin en galante compa-gnie : il fait sa cour à une aimable Polonaise, madame Sie-niawska, en s’occupant avec elle, scie et rabot en main, à laconstruction d’une barque (3).
Pour qu’il s’arrête, ou tout au moins consente à se res-treindre dans cette furieuse dépense de lui-même, il faut qu’ilsoit malade à ne pouvoir bouger. Et comme il s’attriste alorset se désole, et s’excuse auprès de ses collaborateurs ! « Qu’ilsn’imaginent pas que ce soit paresse de sa part, il ne peut vrai-ment pas, il est à bout de forces! » Et, pendant qu’il se plaintou s’irrite de son inaction forcée, en 1708, par exemple, aucours d’un violent accès de fièvre scorbutique, je le vois diri-geant personnellement la répression d’une révolte de Cosaquessur le Don, l’approvisionnement de ses armées, les construc-tions mises en train dans sa capitale, une foule de détails (4).
Pas un détail qui lui échappe. A Arhangel, sur la Dvina, ils’avise de visiter une à une les barques qui conduisent aumarché la poterie rustique fabriquée dans le voisinage ; il sedémène tant et si bien qu’il finit par dégringoler à fond decale, mettant en pièces sous son poids une cargaison entièrede la fragile marchandise (5). En janvier 1722, à Moscou,après une nuit de carnaval, qu’il a passée à courir en traîneau
(1) Bergholz, Journal, Büschings-Magazin , t. XX, p. 462; Hmyrof, La com-tesse Golovkine, Pétersbourjj, 1867, p. 102 et suiv.
(2) Voyez Tanecdote, avec des détails malpropres, chez Pouchkine, Œuvres ,édit, de 1878, t. V, p. 278.
(3) Dépêche de Baluze au Roi, 12 rnai 1711. Aff. étr. de France.
(4) Golikof, t. III, p. 301.
(5) Staehlin, Anecdotes , p. 110.