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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LHOMME.

à lautre de sa vie. Il est toujours pressé. En voiture, il va augalop; à pied, il ne marche pas, il court.

A quel moment, à quelles heures prend-il du repos? Il estassez difficile de limaginer. Le verre à la main, il lui arrivebien de prolonger ses veillées tard dans la nuit, mais alorsencore il discute, il pérore, il met ses convives à lépreuveavec ses brusques alternatives de gaieté ou de mauvaise hu-meur, ses saillies, ses facéties de mauvais goût et ses éclats decolère, et il donne ses audiences à quatre heures du matin!En 1721, après la conclusion de la paix avec la Suède, cestpour cette heure quil convoquait, avant de les envoyer àStockholm, Ostermann et Boutourline, ses deux ambassadeurs.Il les recevait vêtu dune robe de chambre courte, qui laisseà découvert ses jambes nues, coiffé dun gros bonnet de nuitgarni de linge intérieurement (car il transpire beaucoup), etses bas tombant sur ses pantoufles. Au dire de son officier dor-donnance, il se promenait depuis longtemps dans cet appa-reil, en attendant ses mandataires, et aussitôt il les empoigne,les presse de questions, les tourne et les retourne pour seconvaincre quils savent bien leur affaire, puis les renvoie,shabille lestement, avale un verre de vodka, et court auxchantiers de la marine ( 1 ).

Les distractions mêmes quil se donne, banquets, illumina-tions, mascarades, sont pour lui un surcroît de travail; il yprend plus de peine encore que de délassement, tirant lui-même les feux dartifice, faisant manœuvrer les cortèges,battant la grosse caisse, car il est aussi tambour-major, con-duisant les danses, car il a également étudié la chorégraphie.En 1722, à Moscou, au mariage dun comte Golovine avec lafille du prince Romodanovski, il fait office de maître dhôtel;comme on est incommodé par la chaleur, il se fait apporterdes outils de serrurier pour ouvrir une fenêtre et sy emploiependant une demi-heure; il va et vient portant gravement lebâton qui est linsigne de sa fonction, fait des pirouettes devant

(1) SCHERER, t. III, p. 267.