128
L’HOMME.
« pérament n’a jamais été des plus polis », note le ministresaxon, Lefort, dans son journal, en mai 1721 ; «mais il devient« de jour en jour plus insupportable; bien heureux celui qui« n’est pas obligé d’être autour de lui (1). » La progressionest à peine sensible. En septembre 1698, au milieu d’un ban-quet offert à l’envoyé de l’Empereur, Guarient, le Tsars’emporte contre le généralissime Cheïne, à raison de cer-taines promotions dans l’armée qu’il juge injustifiées ; avecson épée nue il frappe la table, criant : « Je couperai ainsi en« morceaux ton régiment tout entier, et je te ferai tirer la« peau par-dessus les oreilles ! » Romodanovski et Zotofessayant d’intervenir, il se jette sur eux ; l’un a les doigts de lamain à moitié coupés, l’autre reçoit plusieurs blessures à latête. Lefort seul — Menchikof, disent d’autres témoignages— réussit à le calmer (2). Mais, à peu de temps de là, soupantchez le colonel Tchambers, il renverse ce même Lefort et lepiétine, et Menchikof s’avisant, dans une fête, de danser avecl’épée à son côté, il le soufflette si fort que le favori saigne dunez (3). En 1703, il trouve à redire aux paroles que lui adressepubliquement le résident de Hollande et témoigne aussitôtson mécontentement par un coup de poing et plusieurs coupsde plat d’épée (4). L’affaire n’a pas de suites; le corps diplo-matique a dû, depuis longtemps, se faire une raison dans lacapitale des Tsars. Dans la majson des barons de Raab, enEsthonie, on conserve une canne avec laquelle, ne trouvant pasde chevaux au relais de poste voisin du château, Pierre auraitpassé sa colère sur le dos du châtelain. Son innocence prou-vée, le châtelain a été autorisé à garder la canne en guise dedédommagement (5). Il y a mieux : Ivan Savitch Brykine,l’aïeul du célèbre archéologue Snéguiref, racontait qu’en sa
(1) Recueil de la Société impériale d*histoire russe (Sbornik), t. III, p. 333.Ce Lefort ne doit pas être confondu avec le favori, dont il est question plus loin.La parenté entre les deux personnages est discutée.
(2) Oüstrialof, t. III, p. 625; t. IV, p. 211.
(3) Korb, p. 84, 86.
(4) Dépêche de Baluze du 28 nov. 1703. Aff. étr. de France.
(5) Archive russe , t. Il, p. 249 et 390.