TRAITS DE CARACTÈRE.
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il gambade et gesticule au milieu de la foule ; il saute sur lestables et chante à gorge déployée. Il est gamin et taquin jusquedans les dernières années de sa vie, épris des grosses plaisan-teries, disposé aux farces. En 1723, il fait sonnerie tocsin pen-dant la nuit, tire de leurs lits tous les habitants de Pétersbourg— les incendies y sont fréquents et terribles — et ne se pos-sède pas de joie quand, affolés et courant dans la direction dusinistre présumé, ils arrivent sur une place où des soldats,ayant allumé un brasier par son ordre, leur disent en riant :a Premier avril (1). » Un jour, attablé avec le duc de Holstein,il vante les vertus curatives des eaux d’Olonets, dont il faitemploi depuis plusieurs années. Bassewitz, le ministre duduc, manifeste l’intention d’en user aussi. Un coup de poingsur le dos gros et rond du diplomate l’interrompt : « Del’eau à mettre en futaille, allons donc ! » Mais Bassewitz in-siste : «Vénus l’a mis dans le cas de préférer l’eau au vin. »Et Pierre de s’esclaffer (2).
Comment, avec ce naturel, inspire-t-il plutôt de la crainteque de l’affection? Comment sa mort est-elle une délivrancepour son entourage, la fin d’une obsession angoissante, d’unrégime de terreur et de contrainte ? Cela tient d’abord à sesfaçons habituelles, qui se ressentent de la société au milieu delaquelle il a vécu depuis l’enfance et des occupations aux-quelles il s’est toujours livré avec le plus de plaisir. A larudesse d’un barine russe, il joint la grossièreté d’un matelothollandais. Mais il est, de plus, violent et fréquemment em-porté, comme il lui arrive d’être pusillanime, et par l’effet dela même cause, du même vice capital de sa constitution mo-rale : le défaut d’empire sur lui-même. L’énergie de sa volontéest souvent inférieure à la fougue de son tempérament ; maî-tresse toujours obéie au dehors, il advient qu’elle n’ait pas deprise suffisante sur le tumulte intérieur de ses instincts et deses passions. L’attitude trop servile de son monde contribuaitencore à développer en lui cette disposition innée. « Son tem-
(1) Berguolz, Journal, Büschinqs-Maqazin, t. XXI, p. 238.
(2) Ibid., t. XX, p. 387.