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L’HOMME.
mière victime ; ordonnant de couper les seins à des femmesqui n’ont commis d’autre crime que d’avoir assisté à cette scènede carnage et de s’en être montrées émues. Il y eut là une partcertaine d’exagération. Mais les faits que j’ai rapportés plus hautdemeurent avérés. Le Journal de la guerre de Suède contenait,dans une première rédaction, due au secrétaire du Souverain,Makarof, cette mention laconique : « Le 30 juin (Il juillet),entré dans l’église uniate de Poloçk et tué cinq uniates pouravoir traité nos généraux d’hérétiques. » Pierre a soulignél’aveu, en l’effaçant de sa main. Et toutes les relations de l’in-cident s’accordent sur un point : en se rendant chez les Basi-liens, Pierre était ivre ; il sortait d’une orgie nocturne (1).
Il n’a pas manqué, du reste, une fois à jeun, de regretter lemal commis et de chercher à le réparer. Il avait, à cet égard,le repentir aussi facile que la colère prompte. En mai 1703,je trouve sous sa plume, dans un billet adressé à FéodorApraxine, ces lignes significatives : « Comment je vous ai« quitté, je ne saurais le dire, car j’étais trop comblé par les« présents de Bacchus. Aussi je vous demande à tous de me« pardonner si j’ai pu faire de la peine à quelques-uns d’entre« vous... et d’oublier ce qui s’est passé. »
Il buvait souvent outre mesure et voulait qu’on en fît autantquand on avait l’honneur d’être à table avec lui. A Moscou, àPétersbourg plus tard, le corps diplomatique ne cessait defaire entendre des plaintes à ce sujet : il y allait de la vie !Dans l’entourage du Tsar, les femmes elles-mêmes étaientassujetties à la règle commune, et, pour les engager à luitenir tête le verre à la main, Pierre avait des arguments sansréplique. La fille de son vice-chancelier Chafirof, un Juif bap-tisé, refuse une tcharka d’eau-de-vie; il lui crie : « Méchante« engeance hébraïque, je t’apprendrai à obéir ! » Et il ponctuel’interjection avec deux vigoureux soufflets (2).
Il donnait l’exemple toujours ; mais telle était la robus-
(1) Voy. à ce sujet : Theiner, Monuments, p. 412; dom Guépik, Vie de Josa-phat, Paris, 1874, t. II, p. 430; Oustrialof, t. IV, p. 373.
(2) Weber, Correspondance, publiée par Herraiann, 1880, p. 173 :