TRAITS DE CARACTERE.
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tesse de son tempérament, qu’en ruinant sa santé à la longue,ces excès le laissaient souvent indemne de corps et d’esprit,alors qu’autour de lui les jambes vacillaient et les raisonss’égaraient. Une légende s’en est encore suivie : dans cettedébauche perpétuelle et en quelque sorte systématique, legrand homme n’aurait cherché qu’un instrument de gouverne-ment, un moyen de pénétrer les pensées les plus secrètes deses convives. Expédient scabreux, à le supposer réel ! En toutautre pays, le Souverain eût risqué à ce jeu son autorité etson prestige. Et en Russie même le bénéfice politique à enretirer n’eût pas compensé le coût moral : l’avilissement detoute une société ! Les moeurs locales en portent aujourd’huiencore la trace. On connaît l’histoire du toast : « À toi,France ! » porté devant Louis XY par un convive qu’entraînele laisser aller d’un festin trop familier. — « Messieurs, voilàle Roi ! » riposte le monarque, rappelé au sentiment de sadignité. Et il ne recommence pas. Pierre se laissait tutoyertous les jours au milieu de parties semblables sans cesse renou-velées. Si on allait trop loin et s’il lui convenait de s’en aper-cevoir, l’unique moyen de répression qu’il voulût employerétait une énorme rasade de vodka que le coupable devait videraussitôt d’un trait. Après quoi on était sûr d’avoir coupé courtà ses incartades, car, généralement, il roulait sous la table (1).
Qu’il y ait eu dans tout cela trace d’une pensée profonde etd’un dessein intelligent, j’aurais trop de peine à en convenir.Je n’aperçois rien qui puisse m’y engager. Je vois, par contre,que, vers la fin du règne surtout, le retour de plus en plusfréquent des orgies prolongées et effrénées où se complaisaitle Souverain, ne laissait pas d’apporter à la conduite de sesaffaires un préjudice considérable. «LeTsar garde la chambre« depuis six jours », mande le ministre saxon Lefort, à la datedu 22 août 1724, « étant indisposé des débauches qui se sont« faites à la Tsarskaïa-Mysa (le Tsarskoïe-Sielo d’aujourd’hui),« à l’occasion d’une église qui a été baptisée avec trois mille
(1) ScHERER, t. V, p. 28.