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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

ils pénétraient dans une salle dite du Consistoire, dont tout lemobilier se composait de futailles rangées autour des murs.Au fond, sur un entassement d’objets emblématiques, barri-ques, verres et bouteilles, le trône du Knes-papa. Un à un, lescardinaux défilaient devant lui, recevaient un verre d’eau-de-vie et entendaient cette formule : « Reverendissme, ouvre labouche, avale ce qu’on te ( donne, et tu nous diras de belleschoses. » Après quoi, tous ayant pris siège sur les futailles, laséance était ouverte et se prolongeait pendant de longuesheures en un mélange de libations et de quolibets. Le conclavese tenait dans une maison voisine, où l’on se rendait proces-sionnellement, le Knes-papa ouvrant la marche, à cheval surun tonneau que traînaient quatre bœufs. De faux moines l’en-touraient, Jacobins, Cordeliers. Le froc du Père Cailleau, unCordelier français établi à Moscou, a servi de modèle pour leurdéguisement. Pierre aurait même voulu avoir le moine lui-même dans son cortège, et n’a cédé que devant l’oppositionénergique du ministre de France. Vêtu en matelot hollandais,il en dirigeait habituellement la marche. Une galerie spacieusegarnie d’étroites couchettes attendait les membres du con-clave. Dans les ruelles, encore des futailles sciées par le milieuet destinées moitié pour les provisions de bouche, moitié pourle soulagement des besoins naturels. Défense aux prétenduscardinaux de quitter leurs couchettes avant le terme du con-clave. Des conclavistes attachés à chacun d’eux avaient pourmission de les faire boire, de les exciter aux plus folles extra-vagances, aux facéties les plus ordurières, et aussi, dit-on, deles faire parler à cœur ouvert. Le Tsar était là, écoutant, etprenant des notes sur ses tablettes. Le conclave durait troisjours et trois nuits. Quand on ne s’y occupait pas d’élire unnouveau Pape, le temps était employé en discussions portantpar exemple sur la qualité d’un vin déclaré mauvais par l’undes cardinaux.

En 1714, pour varier la monotonie de ce programme, Pierreimaginait de marier le Knes-papa Zotof, vieillard de quatre-vingt-quatre ans et père de fils servant avec distinction dans