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L’HOMME.
mémoire le produit quotidien de cette fécondité cérébraletémoignent de son abondance. Il portait toujours sur lui ettirait constamment de sa poche des tablettes qu’il couvrait denotes rapides. Les tablettes se remplissant trop vite à son gré,il se servait du premier bout de papier venu, de la moindreplace vacante qu’il apercevait sur un document à portée de samain, le contenu n’en eût-il aucun rapport avec l’objet mo-mentané de sa préoccupation. C’est ainsi qu’en marge d’unrapport concernant l’établissement projeté de l’Académie deSaint-Pétersbourg, faisant suite à des notes qui ont trait àcette création, on peut lire, tracées également par sa main,ces lignes : « Il faut expédier à Roumiantsof, en Ukraine,« l’ordre d’échanger les bœufs qu’il pourra tirer de sa province« contre des brebis et des moutons, et d’envoyer quelqu’un à« l’étranger pour y apprendre les soins à donner à cette sorte« d’animaux, comment on les tond et comment on en ap-« prête la laine (1). »
Ces idées, à les bien examiner, sont plutôt des suggestionsvenant directement du dehors, et très peu modifiées par untravail intellectuel intérieur, et leur amplitude n’égale pasleur nombre. Pierre pense, comme il voit les choses, en détail,et son esprit est surtout un réflecteur merveilleux. Encore lemiroir en paraît brisé en facettes trop multiples et bizarrementdisposées; une partie des objets environnants échappent à saperception, et ce sont souvent les objets les plus proches.Vivant à côté d’un Possochkof, Pierre ignore l’existence, de cepenseur original et profond. Il manquait probablement aupauvre philosophe d’être un Hollandais ou un Allemand. Ilavait beau adresser au souverain quelques-uns de ses écrits,son traité de la pauvreté et de la richesse, vaste et surpre-nante encyclopédie politique; même se recommander à sonattention dans ce domaine des réalisations pratiques si parti-culièrement apprécié de lui. N’était-il pas le premier fondateur,en Russie, d’une fabrique de salpêtre? Le prince Roris Galit-
( 1 ) Staehi.in, p. 170 .