Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
183
JPEG-Download
 

PRINCIPES ET PROCEDES DE GOUVERNEMENT. 183

sine lui donnait quatorze roubles pour sa découverte, et c’étaittout son bénéfice. Quand on s’avisera de lire ses ouvrages,bien après la mort de Pierre, on le mettra en prison et il ymourra. Il ne trouvera un éditeur qu’un demi-siècle plus tard,en 1799. Pierre n’a que faire de son savoir et de ses talents :pendant son premier séjour à la Haye, il s’est adressé au se-crétaire des États généraux, Fagel, pour avoir un homme quise chargeât d’organiser et de diriger chez lui une chancelleried’État (1), —un contremaître hollandais en plus pour dresseret mettre en mouvement une autre machine. Un peu plus tard, àLondres, il a, pour le même objet, pris l’avis d’un ecclésiastiqueprotestant. Les ATtolento^eva de Francis Lee (2) contiennentdes traces de cette consultation, et, à côté d’une dissertationprofonde sur le plan de l’arche de Noé, quelques lecteurs yont découvert le principe des futurs collèges administratifs,dont le grand homme fera la cheville ouvrière de son gou-vernement. Invariablement, le foyer de son miroir apparaîttourné du côté de l’Occident. Les Mémoires d’Ostermann,encore inédits, contiennent bien, paraît-il, cette boutade at-tribuée au grand homme : « L’Europe nous est nécessairepour quelques dizaines d’années ; après cela, nous lui tourneronsle dos (3). » Je n’ai pas été à même de contrôler la citation;mais, fût-elle exacte, elle ne me garantirait pas l’authenticitédu propos. Sauf vérification, j’inclinerais plutôt à y recon-naître la marque d’un slavophile moderne.

L’action, chez cet homme toujours en mouvement, précé-dant souvent la pensée, ou tout au moins la suivant immédia-tement, il a plus encore des procédés à lui que des idées.Quelques notions essentielles lui font défaut absolument, enmatière de justice par exemple. En 1715, des vaisseaux hol-landais sont brûlés par ses marins, qui les prennent pour desvaisseaux suédois. Il déclare que c’est à la Suède de payer ledommage, parce que la chose s’est passée dans le voisinage

(1) Scheltema, La Russie et les Pays-Bas , t. I, p. 175-183.

(2) Londres, 1752.

(3) Archive russe, 1874, p. 1579.